Intelligence collective et art en entreprise

Ce mardi 18 décembre, BPCE-IT, avec l’aide de D2SI, a organisé la deuxième édition du DevOps Day, son événement 100% DevOps, rassemblant ses collaboratrices et collaborateurs pour diffuser la culture et des retours d’expérience. L’objectif était de montrer que le DevOps fonctionne avec la prise de conscience que chacun.e est actrice ou acteur du sujet. Ce n’est plus une question d’outils et d’apprentissage mais de relations humaines. D2SI a profité de cet espace créé par l’événement pour faire vivre aux participant.es l’intelligence collective au travers d’ateliers de pratiques artistiques, et m’a sollicité pour animer ces ateliers. Le contenu de cet article constitue mon retour sur cette journée.

L’intelligence collective vécue en 6 étapes par les participant.es du DevOps Day 2

Le public : 80 collaboratrices et collaborateurs travaillant sur le DevOps, managers, RH, polytechnicien·nes, ingénieur·es, informaticien·nes, développeur·ses… qui étaient là pour mieux digitaliser et polliniser ensemble la culture DevOps au sein des équipes IT de BPCE.

Icebreaker : dans ce type de journée, les participant.es ne se connaissent pas tout.es. Ils et elles viennent de toute la France. Cela nécessite de démarrer la journée avec une énergie positive ! L’objectif de l’atelier était de souder et de solliciter la créativité autour d’une pratique collective étonnante.

Lecture collective d’une publicité

Je projette l’image d’une publicité sur l’écran géant et je passe avec le micro dans les rangs. Les participant.es n’ont pas peur de parler sur ce type d’image “ordinaire” du quotidien. Je masque la marque (Volkswagen ici) et leur demande juste de décrire ce qu’ils voient et non ce qu’ils savent ou ressentent. Il y a des rires, des échanges, des chuchotements, les remarques fusent… L’atmosphère commence à changer. Les participant.es sont maintenant en condition pour s’exprimer sur une oeuvre d’art.

Lecture collective d’une œuvre d’art

Tout le monde s’exprime. Je pose des questions et passe avec le micro. Ce sont les participant.es qui parlent, et non pas moi tel un conférencier dans un musée pour « se libérer de l’autorité du sachant ». Nous cherchons des indices « comme Sherlock Holmes » et mettons un point d’interrogation sur chaque découverte qui nous étonne. Je ne donne aucune information sur l’artiste ou sur l’époque et je demande aux participant.es de décrire l’œuvre comme si j’étais aveugle : ce qu’ils.elles ont vu en premier, puis les couleurs, puis les constructions (horizontales, verticales, obliques), le nombre de personnages, les détails… Il n’y a pas d’évidence. Dans un geste iconoclaste, je m’autorise à dessiner sur l’oeuvre ce que les gens voient puis, je leur montre ce qu’ils ne voient pas et enfin, ce qu’ils ne veulent pas voir ! Ce tableau baroque de Rembrandt (1642) est exceptionnel pour ses messages cachés (personnels, politiques, religieux, financiers, sexuels). L’assemblée aboutit à une lecture de l’oeuvre dans son ensemble et dans ses détails en mutualisant les regards de chaque participant.e, aboutissant à une compréhension riche et une prise de liberté face à un sujet complexe.

À la fin, je donne quelques informations sur l’époque, le capitaine, le peintre, la femme et les enfants du peintre, la religion, pour les corroborer avec les questions soulevées. Tout le monde a été attentif et presque tout le monde a participé. Il y a eu des murmures et des chuchotements, les participant.es se sont parlé·es entre eux.elles. Il y a eu des exclamations. Ils et elles se sont détendu·es, se sont amusé·es et ont appris. Je suggère alors que ce travail d’attention et de lecture collective pourrait être transposé sur un paysage ou sur un nouveau projet.

Atelier de “yōkai no emakimono”

Maintenant que j’ai mis tout le groupe en attention « observer sans savoir et sans juger », et qu’une histoire collective a commencé à naître, le groupe est prêt à créer ensemble et sans peur. Un atelier prévu durant la pause déjeuner d’1h30 offre un espace de création aux participant.es, qui sont toute la journée sur des ordinateurs, ne dessinent plus depuis le collège et n’empruntent plus de modes ludiques d’apprentissage. Quoi de mieux que de leur faire réaliser des personnages hybrides (mi humains, mi animaux) qui ne demandent aucun savoir faire, ni ressemblance ? Pour cela, les yōkai japonais sont parfaits : des formes bizarres, des couleurs pétantes, un ou plusieurs yeux, plein de poils, une ou plusieurs oreilles, des pattes, des griffes, des écailles, des ailes, des mains… autrement dit il s’agit d’oser, recombiner, changer d’échelle, exagérer… La consigne technique est précise « une noisette de couleur passée au chiffon sur le papier puis estampage d’un relief avec un pastel à la cire ». Il n’y a aucun enjeu ni aucune attente. Les participant.es sont libéré.es des jugements, de la crainte du regard des autres et de leurs peurs. Le résultat, une farandole de yokai dansants de 10 mètres de long, est très libre et rieur (voir image d’ouverture).

Croquis des intervenant.es

Toute la journée, je fais le portrait des intervenant·es et le soir, nous leur offrons ces dessins encadrés. Dessiner en public est une façon de désacraliser la création en montrant la créativité à l’œuvre. Et puis c’est un cadeau bien plus marquant qu’une sacoche ou des chocolats, qui permet de faire perdurer l’esprit de l’événement lorsqu’il sera accroché dans les locaux.

Lecture du “yōkai no emakimono”

Nous pourrons envisager de faire une lecture du rouleau de yōkai réalisé avec des membres des équipes présentes voire avec des représentant.es d’autres équipes qui ne sont pas de l’IT (RH, marketing…). C’est une étape très riche d’enseignement et incontournable, si l’on ne veut pas qu’un « atelier créatif» soit associé consciemment ou inconsciemment à une simple « animation récréative ».


En effet, à travers la création des yōkai puis à travers leur lecture, je mets en œuvre une pédagogie innovante de l’attention : les dynamiques individuelles et collectives inscrites sur le rouleau sont alors de formidables sources d’informations et de transformations.

À partir de tous ces éléments recueillis, il est alors possible de faire des ponts avec certains des projets en cours et réaliser des parallèles avec ce qui s’est passé dans certaines équipes. Nous pourrons reprendre ce qui a été vécu comme un échec pour en découvrir la richesse cachée.

Faire entrer les pratiques artistiques dans l’entreprise fait évoluer de façon ludique les consciences et le regard porté sur le travail en équipe. Ces ateliers créatifs mettent en valeur les relations entre individus et l’intelligence collective.

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